La Lettre à Lulu : Le bonheur est dans le prêchi-prêcha

C’est tendance. La région pays de la Loire revisite les critères de bonheur collectif. Quitte à se prendre les pieds dans le tapis qu’on déroule.

Ecolos quand il faut, mais pas trop, les partisans du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes pataugent parfois dans les zones troubles. Pour être dans le ton bien pensant, le vice président de la Région, Christophe Clergeau, déclare par exemple en septembre 2010: « On voit les impasses d’un modèle de la croissance centré uniquement sur les biens matériels et d’un modèle de développement qui met la finance au cœur de toute l’organisation de l’économie ». Il ne faut pas y voir un anticapitalisme primaire, un propos de dangereux agitateur prônant la sobriété volontaire.

Président de la commission économie innovation à la région, le dirigeant socialiste local donne l’impression de tourner le dos à la croissance. En fait, il tient ces propos en exposant une démarche de recherche de nouveaux critères de bien être commun, née dans le cadre d’Agenda 21 traitant de développement durable et des engagements des collectivités. Tout le monde le dit, les grands indicateurs de richesse ne transcrivent pas l’idée d’un bonheur partagé.

Exemple avec le PIB « essentiellement centré sur la richesse matérielle » selon Clergeau. D’où l’ouverture d’une atelier « citoyen » pour définir de nouveaux critères « qui pour certains existent peut-être (social, sanitaire, accès aux loisirs » ou pour d’autres « seraient à inventer ». Le but : « Penser et agir autrement et pour trouver une nouvelle manière de piloter l’action publique régionale ». La finalité apparait : c’est quand même un instrument de management, et peut être un outil d’acceptabilité, qui sait.

Curieux comme les raisons mises en avant par le club de partisans de l’aéroport pourraient justement s’appliquer tout naturellement à l’abandon du projet. Déjà rien les doutes sur la croissance, les défiances affichées devant le matérialisme, la finance au cœur de l’économie, représentent autant de vertus aujourd’hui mises en doute. Pourtant, l’on retrouve justement dans les tenants et aboutissants du projet qui veut faire de Nantes un « hub » d’influence, un centre de flux d’investisseurs, de touristes du monde entier. Question remise en cause de la croissance,les grands défenseurs de l’aéroport à Notre Dame des landes ont plutôt tendance à fustiger les objecteurs de croissance en caricaturant les arguments

« Moi qui ne crois ni à la décroissance ni à la vie en autarcie » déclare Patrick Marescha. « Celles et ceux qui font le choix de la décroissance font celui de la régression et du déclin. Ils refusent de concevoir que les idées de progrès puissent se conjuguer avec le développement durable de notre territoire », martèle le communiste Raymond Lannuzel, adjoint aux transports . Et Jean-Marc Ayrault y va de son couplet : L’aéroport ? Un « moteur de croissance ».

Qu’à cela ne tienne. Un mémo diffusé par le site internet de la région répertorie les critiques sur les indicateurs : « Le PIB additionne création et destruction (armement, accidents) et ignore l’impact sur l’environnement ». Et pour les indicateurs alternatifs, c’est pas terrible non plus : l’indice de santé sociale « intègre essentiellement des données négatives (mal-être, mal-vivre ensemble, endettement) », et dans le cas précis des Pays de la Loire enregistre « emplois précaires, accidents du travail, conflits du travail ». Horreur et putréfaction ! Le bilan carbone consommation n’est qu’une « unité de mesure abstraite (TeqCO2) et arbitraire (qui) ne tient compte que la partie énergie des importations alimentaires (et) exclut émissions gaz à effet de serre de la production exportée ». Le bilan carbone production « n’intègre pas le contenu carbone des produits importés (contrairement au bilan carbone consommation) », l’empreinte écologique « ne témoigne pas des atteintes à la biodiversité, n’intègre l’économie que de façon partielle, ne tient pas compte des questions sociales ou démocratiques ». A qui se fier ?

Destructions, impact sur l’environnement, atteintes à la biodiversité, question sociales et démocratiques, énergie oubliée à l’import, ou à l’export, croissance centrée sur les biens matériels, développement dicté par les impératifs financiers… Toute ressemblance avec un projet d’aéroport porté à bout de bras par un député maire autoproclamé « écolo productiviste » serait évidemment purement fortuite.

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