
Relations fréquentes, pratiques diverses et variées… Près d’un quart de la population française vivrait une sexualité décomplexée. Mais curieusement, ces «affranchis» du sexe ne semblent pas être les plus satisfaits. Alors qu’à Nantes fleurissent «love-stores» et autres sex-shops, l’observatoire du bonheur est allé à la rencontre des ces nouveaux hédonistes. Le bonheur amoureux des Nantais dépend-il d’une sexualité épanouie ?
Le bonheur peut prendre diverses formes. Il est à la fois l’intouchable, l’impalpable, mais il est également selon certains un ensemble de plaisirs simples. Manger, boire, rire, faire l’amour… Tant de petits bonheurs réservés à ceux qui se réclament de l’hédonisme. Tout comme le bonheur, chacun traite l’amour à sa manière, que l’on soit romantique, sceptique ou épicurien. Mais lorsque l’on aborde la question de la sexualité, une grande majorité des français (59 %) estime qu’elle se vit avant tout comme une recherche de jouissance, et pour une autre grande majorité d’entre eux (65 %), les rapports sexuels sont bel et bien perçus comme des vecteurs de bien-être. Bien que l’Amour reste pour beaucoup un idéal et une étape cruciale dans la construction d’une relation, près d’un quart de la population française aurait une sexualité davantage «débridée».
Si l’on en croit cette enquête TNS-Sofres d’avril 2009, ces «affranchis» du sexe auraient un rapport moins sentimental à l’acte amoureux et seraient aussi moins attachés à la la notion de fidélité dans le couple. Également très «consommateurs» de sexe, leurs relations seraient fréquentes et leurs pratiques variées. Néanmoins, il semblerait que cette recherche de plaisir et de jouissance ne soit pas si satisfaisante, un paradoxe déjà souligné en 2007 par le dernier Durex Global Sex Survey. Avec une moyenne de 120 rapports sexuels par an (la moyenne mondiale étant de 103), les français sont jugés «performants» mais globalement «peu satisfaits» de leur vie sexuelle.
Pourtant, nous assistons actuellement à un véritable phénomène de société. Si le sexe reste avant tout quelque chose d’intime, il est aujourd’hui de plus en plus présent, sur Internet notamment, mais aussi à la télévision. De nombreuses séries américaines telles que Sex and the City, Californication, ou encore la série anglaise Skins, laissent une très large place au sexe, et lèvent de nombreux tabous sur des thèmes tels que la masturbation, l’homosexualité ou encore la pornographie. La luxure semble être à la mode donc, et elle tend aujourd’hui à se démocratiser. Lingerie coquine, sex-toys, livres, jeux de société… Le marché du sexe prospère et innove, toujours dans le soucis de combler les attentes et les désirs d’une clientèle de plus en plus abondante et variée.

Depuis 2008, Nantes a accueilli sur son territoire 3 sex-shops d’un genre nouveau. Loin de l’ambiance lugubre que l’on s’imaginerait de ce type de commerce, ces trois établissement fonctionnent avec le même concept: un lieu design, aéré, accueillant, aux couleurs vives et pastels et à l’ambiance féminine.
Pour Thomas Ferrier, responsable de communication du magasin Sexity, c’est avant tout la levée progressive des tabous impulsée par les séries télévisées et la presse féminine qui l’a convaincu d’explorer ce nouveau marché. L’idée fut donc d’aborder le sexe d’une manière nouvelle, plus décomplexée, plus saine également, afin de séduire un public qui ne cesse de se diversifier. Il va aujourd’hui de 18 à 80 ans.
Quant à Nantes, la ville représente, toujours selon le responsable, la ville-test par excellence pour essayer de nouveaux concepts. «Si ça marche à Nantes, alors ça marchera ailleurs» nous confie-t-il. Et ça a l’air de bien marcher, pour Sexity, mais aussi pour son concurrent direct, la succursale du magnat Marc Dorcel, qui selon sa responsable fonctionne très bien et particulièrement à Nantes.
La ville semble donc plutôt bien accueillir ces nouvelles pratiques. Avec ses nombreux love-stores, clubs échangistes, bars à strip-tease, bars à hôtesses, la métropole nantaise bénéficie d’une offre de plus en plus variée et la fréquentation de ces lieux a tendance à croître. Mais surtout, le public change. Il est aujourd’hui plus jeune, plus dynamique, plus «consommateur» aussi. Et si les jeunes fréquentent de plus en plus ce genre de commerces, c’est en partie dû à ce phénomène de mode, mais pas seulement.
Au-delà du divertissement et de la curiosité, ce nouveau public est à la recherche de nouvelles sensations. Avides d’expériences, nombreux sont ceux qui franchissent ces portes dans l’espoir de vivre une sexualité épanouie, et dans la plupart des cas, au sein même de leur couple. L’ambiance n’est donc pas à la débauche, mais bel et bien à la recherche de nouvelles expériences, et qui souvent nourrissent une véritable réflexion sur le bonheur, l’amour et le respect de l’autre. Nous sommes donc bien loin des très stéréotypés Skins, même s’il est parfois question d’excès, ou de limites à ne pas franchir. En ce sens, on s’aperçoit que même chez ces jeunes affranchis, si leur sexualité tend bien à se décomplexer, c’est souvent dans l’espoir de connaître un amour heureux.
• Laure Turbet-Delof et Johan Fel